Pour aller plus loin…

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Success Story: Caroline Thirion, la baroudeuse intuitive

Installez-vous confortablement… Caroline nous emmène avec elle, nous partage le voyage intérieur qui l’a amenée à voyager dans la vraie vie et à faire de sa multipotentialité une ressource inestimable et inspirante. Une vie qu’elle a osé se forger à son image, par une écoute permanente de son intuition et par une audace hors pair.

Hello Caroline, qui es-tu, comment te décrirais-tu ?

Comme une personne en perpétuelle « recherche ». Passionnée et avide de découvertes, de connaissances, de rencontres et d’expériences nouvelles et singulières. D’histoires à vivre et à transmettre. J’essaie de vivre ma vie en cohérence avec ce qui m’anime, quitte à être en marge – et résolument en marche :). Quant à mon métier – qui est bien davantage que cela : une passion, un mode de vie à part entière – je suis auteure et photoreporter indépendante.

Peux-tu nous expliquer ce que tu faisait « avant » ? 

J’ai travaillé pendant 10 ans dans le secteur culturel et audiovisuel en tant que chargée de communication et coordinatrice de projets.

Pourquoi avais-tu opté pour ce secteur initialement ?

Je me pose parfois la question… Pour le côté vivant de l’événementiel (concerts, tournages, spectacles, festivals…) je crois, qui impliquait déjà des horaires et un mode de vie particuliers, avec des moments calmes et des montées d’adrénaline à l’approche de l’événement. Des moments magiques aussi, parfois « hors du temps » et suspendus ; de l’émerveillement ; du « beau », des rencontres d’univers différents… Le côté « paillettes » aussi sans doute, « représentation » (dans tous les sens du terme) qui me vient, je pense, de mes années de danse et théâtre amateur, et des spectacles qu’on montait avec mes parents et leurs amis, avec mon club de danse… Le côté « organisation » aussi, dans lequel j’ai toujours été plutôt douée, et qui a pu me faire vibrer : partir de rien et créer quelque chose, un moment fugace, pouvoir voir le résultat concret de son travail…

Concrètement, comment est née l’idée de changer de métier ?

J’ai toujours voulu embrasser pas mal de carrières et métiers différents, je me suis toujours sentie attirée par l’idée d’essayer d’acquérir une diversité de compétences et une certaine polyvalence, que je revendique. L’idée et le souhait de vivre 100 vies 🙂 C’est la raison pour laquelle j’ai choisi l’IHECS (école supérieure de communication et médias) qui forme à cette polyvalence, et permet au final de s’orienter vers une diversité de métiers. Donc dès mes études, j’étais tiraillée par les choix des sections et filières au sein de cette école. Et j’ai opté pour la plus large et la moins cloisonnée, qui formait aux métiers du secteur culturel, mais permettait aussi des possibles futures reconversions (ONG, secteur social, journalisme culturel ou via un angle plus anthropologique…).

Après avoir réalisé mon « rêve » et objectif initial de travailler dans le secteur culturel (concerts, festivals, cinéma), après 10 ans, je me suis rendue compte que je commençais à en avoir marre de mettre mon temps, mon énergie et mes compétences au service des autres et de leurs projets, aussi intéressants et beaux soient-ils. Et que j’avais aussi en moi un potentiel créatif que je n’exprimais pas ou peu, qui s’est aussi nourri pendant tout ce temps des œuvres et projets des artistes et personnalités avec qui je travaillais. L’envie de repasser au premier plan, d’exprimer moi aussi ma modeste « vision du monde » via mes moyens à moi (la photo, l’écriture, la vidéo) que j’avais négligés depuis la fin de mes études. L’envie d’être sur le terrain, là où « ça se passe » pour vivre cela moi-même, au lieu de le vivre par procuration.

Comment as-tu fait pour savoir en quoi consisterait ta reconversion ? Cela a-t-il été radical, ou plutôt une évolution progressive ? 

J’ai toujours eu cela en moi, puisque ça m’animait déjà pendant mes études (ce goût pour la photo et les médias, les reportages au sens large, le fait de « rapporter », transmettre, témoigner) mais je l’ai laissé un peu de côté pendant ces 10 années, avec de temps en temps des petits projets photos ça et là, à côté, quand c’était possible. Je commençais aussi à m’ennuyer au sein de mon précédent boulot dans le cinéma ou j’avais atteint ce que je voulais (Cannes..), une lassitude des tâches à répétition… et plus globalement de ma vie « ordinaire » en train de rénover une maison et de vivre une vie « plan plan » qui ne me convenait plus du tout et dans laquelle je ne m’épanouissais pas. Et j’ai eu le déclic un jour – environ 1 an 1/2 avant ma reconversion effective et ma démission – en lisant le portrait dans le journal Le Soir d’un photographe également diplômé de la même école que moi, qui bossait sur le Congo (où j’avais été juste après mes études pour un concours photo), qui cartonnait, et dont le travail était magnifique. De cette « jalousie positive » et cette identification est venue un sentiment très fort et une certitude de passer à côté de ce que je voulais vraiment faire, et d’être « bloquée à quai »… Tout ça « juste » à partir de cette simple lecture d’article, qui a été un révélateur. Et ça ne m’a plus quittée. Le temps de terminer les travaux dans ma maison pour pouvoir la louer (ce qui me bloquait concrètement et m’empêchait de quitter mon boulot et de partir à l’aventure en reportage), et de préparer mon départ de la boîte où je travaillais et où j’aimais beaucoup mes collègues… donc décision radicale mais mise en place progressive pour toutes ces raisons pratiques et affectives (collègues…) 😉 Et le premier acte posé a été de retourner immédiatement au Congo, 8 ans après ce premier voyage, et de couvrir les 50 ans de l’indépendance. Ce qui m’a complètement mis le pied à l’étrier, puisque je suis partie en reportage improvisé avec l’écrivain David Van Reybrouck rencontré dans l’avion, et que mes photos ont été pour la première fois publiées dans Le Soir, et d’autres médias néerlandophones.

Tout ça, je dois dire, avec le soutien de mon compagnon, qui a toujours cru en moi et m’a encouragée dans cette voie. Ce qui est aussi un aspect primordial, pour arriver à vivre (et réussir) sa reconversion.

Quelles sont les difficultés, obstacles que tu as rencontrés sur ta route ? 

Peut-être le scepticisme de quelques personnes autour de moi, ou même parfois carrément leur jugement face à ce changement radical, qui impliquait un changement de mode de vie radical aussi. Mais globalement j’ai été très soutenue et entourée. Et puis, je pense que ces éventuelles critiques ou doutes formulés ont nourri encore davantage ma détermination et l’envie de prouver que je pouvais y arriver et que j’avais raison de m’écouter, et de suivre ma voie, aussi non conventionnelle soit-elle. Cela a sans doute même contribué à m’affirmer encore davantage dans cette voie.

Le fait de ne plus vraiment avoir de « statut officiel » aussi, les difficultés avec l’administration (chômage, lieu de résidence…) dès qu’on sort des cases…

Pour le reste, le risque financier et les autres contraintes pratiques (la question du logement puisque ma maison était louée…) forcent aussi à s’adapter, et à être créatif pour trouver des solutions, et cela participe aussi je crois à nourrir sa détermination et à tester sa motivation. Qui dans mon cas étaient très grandes.

Et j’ai globalement eu beaucoup de chance et d’opportunités qui se sont présentées à moi, davantage que d’obstacles.

Mais mon problème majeur, je dirais, c’était un questionnement sur ma légitimité, qui avait (et a toujours dans une certaine mesure) besoin d’être constamment réaffirmée, via la reconnaissance des pairs, des gens du métier. Sur des critères aussi flous et difficilement mesurables que le talent, la créativité, la fibre artistique… qu’il est difficile d’évaluer soi-même (ou via ses proches, qui sont à priori subjectifs aussi, que ce soit dans un sens ou dans l’autre). Cette reconnaissance des pairs est l’unique critère extérieur qui permet de jauger son parcours, et sa « réussite ». Et elle est parfois difficile à obtenir, et aléatoire. Donc il faut s’accrocher et continuer à y croire et à travailler. Dans mon cas, je n’ai pas choisi un domaine facile – beaucoup d’appelés, peu d’élus – ce qui est une difficulté (et un défi) supplémentaire(s), donc j’essaie de tracer ma route là-dedans et de me constituer peu à peu mon réseau et mon expérience…

Quels sont les atouts que tu possèdes, qui t’ont aidé à mener à bien ton cheminement pro ? 

Motivation, curiosité, polyvalence, détermination, adaptabilité, créativité, un goût pour l’aventure, une force de travail et une bonne dose d’énergie, ainsi que l’affection et la confiance de mes proches. La capacité de (se) rêver et s’imaginer autrement aussi, ce par quoi tout commence… Le goût du risque, du challenge, de la persévérance (assez développé dans mon cas, qui me vient sans doute de mon passé de sportive de compétition).

Comment définirais-tu le fait de « trouver sa voie » ? Est-ce ton cas aujourd’hui ?

Oui, c’est totalement mon cas. Pour l’instant en tout cas, car la vie n’est que changements, mouvements, et les rêves et les envies évoluent aussi… Et des projets, j’en ai des tonnes ! D’autres possibles futures reconversions aussi 🙂 L’envie de réaliser d’autres choses peut-être un jour, dans d’autres registres…ça ne s’arrête jamais, c’est ça le concept, c’est ça la vie ! Rester à l’écoute de ses envies, de sa petite voix intérieure, de son goût pour le challenge dans mon cas. Tout en ne planifiant pas trop et en laissant les choses venir aussi, en profitant au maximum de chaque moment de l’aventure. Et en gardant la confiance en soi et son projet, et en maintenant le cap.

Et surtout : sortir de sa zone de confort, ça fait mal au début, mais c’est toujours (souvent) payant à l’arrivée, ne fut-ce qu’à un niveau personnel

Que recommanderais-tu à ceux qui chérissent un rêve, quels conseils prodiguer à ceux qui n’osent pas se lancer ?

Très important : s’autoriser, tout d’abord, à écouter cette petite voix intérieure, à rêver, à s’imaginer dans d’autres vies et voies – aussi farfelues puissent-elles sembler au départ – permettre le contexte de cette éclosion, en restant ouverts et curieux à d’autres parcours enrichissants autour de soi, se nourrir de choses diverses, lire, écouter, aller à la rencontre d’univers différents… Parfois ce n’est pas « inné », le déclic peut venir de rencontres fortuites, de choses, de métiers, de passions, qu’on n’imaginait pas.

Oser ensuite, ne pas avoir peur, Faire preuve d’audace, mesurer les risques, bien s’entourer (affectivement et professionnellement), avoir confiance en soi et son projet, être motivé, déterminé, se donner les moyens – car non, ce n’est pas qu’une question de « chance » – il faut aussi parfois forcer le destin, y croire, ne pas renoncer, enfoncer des portes, persévérer. La liberté d’action et d’esprit, ça se conquiert. Et être prêt à certains « sacrifices » (financiers parfois), qui ne sont pas vécus comme tels si c’est réellement sa passion. Dans mon cas, c’était presque un question de vie ou de mort (cérébrale J)

A nouveau : se forcer à sortir de sa zone de confort et se donner les moyens de rêver et d’y arriver ! En bossant dur. Parfois réussir à trouver un « mentor » dans son domaine, qui balise le chemin, et donne sa confiance. Se créer petit à petit un réseau… Bref ça se prépare aussi ! Mentalement et concrètement.

De quoi es-tu la plus fière aujourd’hui ? Quels sont tes projets pour demain ?

Au-delà des résultats « effectifs », ou d’éventuelles « récompenses » (publications presse, expositions photo, reconnaissance par ses pairs…), je suis fière d’avoir osé y croire, et d’y « être allée », dans une voie pas forcément facile ou conventionnelle, et de ne pas avoir abandonné… Encore aujourd’hui, je passe souvent du temps à essayer d’expliquer ce que je fais, ma vie, devant des gens parfois sceptiques ou qui ne comprennent pas mon « délire »…

Fière d’oser affirmer être qui je suis, et vivre à fond (de) ma passion.

Fière d’avoir peu à peu réglé ces problèmes de légitimité qui empoisonnent l’existence et peuvent être inutilement bloquants

Et puis le grand avantage dans le métier que je pratique, et que j’ai choisi, c’est que je suis au contact de tellement de milieux et profils différents, dont je me nourris, un peu comme les comédiens qui vivent au travers de leurs rôles tellement de vies et parcours différents. C’est pareil ici, on est amenés à côtoyer tellement de personnalités, parcours et réalités différentes. C’est hyper enrichissant, et répond à mon besoin d’ « omnipotence », au côté foisonnant de ma personnalité parfois un peu débordante :), et à mon aspiration à mieux (faire) comprendre le monde tel qu’il va. Cela répond à mon envie de laisser une « empreinte », aussi infime soit-elle, d’assister et participer à la marche du monde…

Pour l’avenir, je me suis fixée des objectifs très concrets par rapport à ma pratique et ma passion, qui étaient au départ des rêves qui semblaient inaccessibles, et que je compte bien réaliser. Essayer en tout cas. J’ai donc encore du pain sur la planche et quelques années pour y parvenir… Et c’est super ! ça permet de rester motivée, et d’être toujours en recherche. Et puis comme je le disais, j’en garde un peu sous le coude pour « après » : d’autres envies dans les cartons, d’autres projets, dans des registres très différents, qui ne se réaliseront peut-être pas, mais rêver c’est bien aussi, c’est même vital et le point de départ de toute chose… et de toute « reconversion » …

Merci infiniment pour l’inspiration Caroline !

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