Parmi toutes les peurs qui nous empêchent d’accéder à ce que nous désirons faire et être, une des plus importantes et invalidantes reste le regard de l’autre sur nous.

Depuis petit, l’homme existe à travers le prisme enchanteur ou destructeur de ce que l’autre lui raconte de lui-même.

 

Imaginons un moment ce que serait de vivre seul. En dehors de toute considération de survie physiologique, il nous serait bien difficile de pouvoir avoir une idée de qui nous sommes, si nous n’étions pas confronté à l’autre. Nous ne pouvons donc pas nous défaire de ce besoin primaire, puisque c’est lui qui nous donne une existence propre et nous permet de dessiner nos contours, conscientiser notre altérité, appréhender notre personnalité.

 

Nous nous comparons sans cesse, pour le pire comme le meilleur. Pour le meilleur, quand il s’agit de vouloir nous élever, faire mieux, parce que nous admirons profondément quelqu’un qui nous inspire. Pour le pire quand nous nous mettons constamment en échec, faisant l’énumération, la liste infinie des choses qui nous manquent pour être « aussi bien que ». Toute notre réalité va être colorée de cette perception.

Plus pragmatiquement, en coaching professionnel, on est amené tôt ou tard à devoir questionner la justesse et l’utilité de ce regard de l’autre sur soi. Nous plaisons-nous, dans ce que nous y voyons ? Est-il toujours utile pour nous, de nous identifier à cette personnalité si familière et confortable, qui s’est construite peu à peu, sous les coups de burins et de marteaux qui ne sont pas les nôtres ?

 

Quand on veut s’orienter, se réorienter, se reconvertir, c’est tout un système qui se retrouve bousculé. On peut se retrouver doublement en conflit :

  • Le conflit domestique, intérieur, entre soi et soi. Qui on est, qui on veut devenir, et comment nous pensons que les autres nous définissent, nous perçoivent. Alors qu’ironiquement, eux aussi sont le jouet de leurs propres constructions mentales.
  • Le conflit à l’autre, qui n’aime pas nous voir changer, parce qu’il est confronté, dérangé dans ses certitudes.

On ne peut pas plaire à tout le monde. On peut, on doit se plaire à soi. Les autres s’en accomoderont, s’ils sont bienveillants. Ce qui doit guider intimement les décisions, les grands choix de vie, c’est notre boussole intérieure.

Adulte, en milieu de vie, (et parfois avant, ou après), on peut décider fermement d’avoir suffisamment reçu de clés de compréhension, de connaissances utiles pour peaufiner notre chef-d’œuvre, c’est-à-dire nous-même, dans nos spécificités. Sans renier l’héritage reçu, mais en l’alliant, en le fondant subtilement dans ce qu’on découvre de plus vrai en soi. C’est l’envie, la passion, le feu intérieur, qui est le seul véritable guide à écouter, si on lui laisse assez d’espace pour s’exprimer. Cela nécessite beaucoup de courage, de déplaire, d’essuyer des critiques, de voir des gens s’éloigner.

Je suis tombée sur cette belle phrase de Saint-Augustin, que je sors de son contexte mais qui illustre poétiquement ma pensée : « l’orage de mon cœur m’y avait jeté. Personne en cet endroit ne dérangerait l’assaut mené de moi en moi ».

C’est ce feu intérieur, cette force de conviction qui accomplit des merveilles. Et ce sont ces merveilles qui rétabliront comme par magie l’équilibre dans nos rapports à l’autre…

 

A bientôt, ici ou ailleurs 🙂

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